Orphelins de l'Acadie
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Faut-il abandonner les beautez de ce lieu,<br/> Et dire au Port Royal un eternel Adieu?<br/> Serons-nous donc toujours accusez d'inconstance<br/> En l'établissement d'une Nouvelle-France?<br/> <br/> Père de l'univers, qui commandes aux ondes,<br/> Et qui peux assecher les mers les plus profondes,<br/> Donne nous de franchir les abymes des eaux<br/> Dont tu as separé tous ces peuples nouveaux<br/> Des peuples baptizés, & sans aucun naufrage<br/> Du royaume François voir bien-tot le rivage.<br/> <br/> Adieu donc beaux coteaux & montagnes aussi,<br/> Qui d'un double rempar ceignez ce Port ici.<br/> Adieu vallons herbus que le flot de Neptune<br/> Va baignant largement deux fois à chaque lune,<br/> <br/> Tes rives sont des rocs, soit pour tes batimens,<br/> Soit pour d'une cité jetter les fondemens.<br/> Ce sont en autres parts une menuë arene,<br/> Où mille fois le jour mon esprit se pourmene.<br/> <br/> Si-tot que du Printemps la saison renouvelle<br/> L'Eplan vient à foison, qui t'apporte nouvelle<br/> Que Phoebus elevé dessus ton horizon<br/> A chassé loin de toy l'hivernale saison.<br/> <br/> Tairay-je la Moruë heureusement feconde,<br/> Qui par tout cette mer en toutes parts abonde?<br/> Moruë si tu n'es de ces mets delicats<br/> Dont les hommes frians assaisonnent leurs plats,<br/> <br/> Belle ile tu as donc à foison cette manne,<br/> Laquelle j'ayme mieux que de la Taprobane<br/> Les beautez que lon feint dignes des bien-heureux<br/> Qui vont buvans des Dieux le Nectar savoureux.<br/> <br/> Mais tous ces animaux, mais tous ces peuples ci<br/> S'écartent quand Phoebus veut approcher la borne<br/> Du celeste manoir, où git le Capricorne,<br/> Et vont chercher l'abri du profond de Thetys,<br/> <br/> Adieu donc je te dis, ile de beauté pleine,<br/> Et vous oiseaux aussi des eaux & des forêts<br/> Qui serez les témoins de mes tristes regrets.<br/> Car c'est à grand regret, & je ne le puis taire,<br/> Que je quitte ce lieu, quoy qu'assez solitaire.<br/> Car c'est à grand regret qu'ores ici je voy<br/> Ebranlé le sujet d'y entrer nôtre Foy,<br/> Et du grand Dieu le nom caché souz le silence,<br/> Qui à ce peuple avoit touché la conscience.<br/> <br/> Aigles qui des hauts pins habitez les sommets,<br/> Puis qu'à vous Jupiter a commis ses secrets,<br/> Allez dedans les cieux annoncer cette chose,<br/> Et combien de douleur j'en ay en l'ame enclose,<br/> <br/> Adieu pour un dernier Rochers haut elevés,<br/> Qui orgueilleusement voz grottes soulevés,<br/> D'où distillent sans fin des pluies abondantes<br/> Que leur versent les eaux des montagnes coulantes.<br/> Adieu doncques aussi Grottes qui m'avez pleu<br/> Quand souz votre lambris au clair du jour j'ay veu<br/> Figurées d'Iris les couleurs agreables.<br/> <br/> Ile, je te saluë, ile de Saincte Croix,<br/> Ile premier sejour de noz pauvres François,<br/> Qui souffrirent chez toy des choses vrayment dures,<br/> Mais noz vices souvent nous causent ces injures.<br/> <br/> Mais j'honore sur tout à-cause de noz morts<br/> Le lieu qui sainctement tient en depost leurs corps,<br/> Lequel je n'ay pu voir sans un effort de larmes,<br/> Tant mon navré le coeur ces violentes armes.<br/> <br/> Cherchant dessus Neptune un repos sans repos<br/> J'ay façonné ces vers au branle de ses flots.<br/> <br/> <br/> -Les Muses de la Nouvelle-France, Marc Lescarbot, 30 Juillet 1607
Submitted by Iron_Wraith — Jun 06, 2026
Salut, vieille forêt! Noyés dans la pénombre<br/> Et drapés fièrement dans leur feuillage sombre<br/> Tes sapins résineux et tes cèdres altiers<br/> Qui se bercent au vent sur le bord des sentiers<br/> <br/> Jetant, à chaque brise, une plainte sauvage.<br/> Ressemblant aux chanteurs qu'entendit un autre âge,<br/> Aux Druides anciens dont la lugubre voix<br/> S'élevait prophétique au fond d'immenses bois!<br/> <br/> Et l'océan plaintif vers ses rives brumeuses<br/> S'avance en agitant ses vagues écumeuses.<br/> Et de profonds soupirs s'élèvent de ses flots<br/> Pour répondre, ô forêt, à tes tristes sanglots!<br/> <br/> A l'horizon de flamme un point sombre, un nuage,<br/> Portant dans son flanc noir le tonnerre et l'orage,<br/> <br/> Adieu! vieille forêt! Noyés dans la pénombre<br/> Et drapés fièrement dans leur feuillage sombre,<br/> Tes sapins résineux et tes cèdres altiers<br/> Se balancent encor sur le bord des sentiers;<br/> Mais loin de leur ombrage et de leur vertes ailes,<br/> Dans le même tombeau, les deux amants fidèles<br/> Dont les afflictions et les maux sont finis,<br/> Reposent, côte à côte, à jamais réunis!<br/> <br/> Adieu! vieille forêt! Noyés dans la pénombre<br/> Et drapés fièrement dans leur feuillage sombre<br/> Tes sapins résineux et tes cèdres altiers<br/> Se balancent encore sur le bord des sentiers;<br/> Mais sous leur frais ombrage et sous leur vaste dôme,<br/> On entend murmurer un étrange idiome!<br/> On voit jouer, hélas! les fils d'un étranger!...<br/> Seulement, sur les rocs que le flot vient ronger,<br/> Et sur les bords déserts du sonore Atlantique<br/> On voit, de place en place, un paysan rustique.<br/> C'est un pauvre Acadien dont le plaintif aïeul<br/> Ne voulut pas avoir, pour sépulcre ou linceul,<br/> La terre de l'exil si lourde et si fatale.<br/> Et qui revint mourir à sa rive natale!<br/> Et l'Océan plaintif vers ses rives brumeuses<br/> S'avance en agitant ses vagues écumeuses;<br/> Et de profonds soupirs s'élèvent de ses flots<br/> Comme pour se mêler au bruit de leurs sanglots!<br/> <br/> <br/> -Évangéline, Henry Longfellow, 1847<br/> -Traduction par Pamphile Le May, 1870
Submitted by Iron_Wraith — Jun 06, 2026
On entendit sonner la cloche de la tour;<br/> On entendit le bruit du sonore tambour.<br/> Et l'église aussitôt se remplit toute entière.<br/> Tremblant pour leurs époux, au fond du cimetière,<br/> Les femmes du village, en foule et tristement,<br/> Attendirent la fin de cet événement.<br/> <br/> Elles se cramponnaient aux angles de la pierre,<br/> Aux saules qui des morts protégeaient la poussière,<br/> Pour voir dans la chapelle à travers les vitraux,<br/> Avec un air d'orgueil, marchant à pas égaux,<br/> <br/> Les soldats, deux à deux, des vaisseaux descendirent<br/> Te tout droit à l'église à grands pas se rendirent.<br/> Au son de leurs tambours de sinistres échos<br/> Du temple profané troublèrent le repos.<br/> <br/> Un long frémissement s'empara de la foule<br/> Qui bondit comme un flot que la tempête roule.<br/> <br/> La porte fut fermée avec des gros verrous.<br/> Des féroces soldats redoutant le courroux<br/> <br/> «Vous êtes en ce jour tous assemblés ici<br/> «Comme l'a décrété Sa Majesté chrétienne,<br/> «Honnêtes habitants de la terre Acadienne:<br/> «Paysans, il me reste un devoir à remplir,<br/> <br/> «Je viens pour confisquer, au nom de la couronne,<br/> «Vos maisons et vos biens avec tous vos troupeaux.<br/> «Vous serez transportés à bord de nos vaisseaux,<br/> «Vous êtes prisonniers au nom du Souverain.»<br/> <br/> Le ciel vomit la flamme: et la pluie et la grêle<br/> Sous leurs fouets crépitants brisent l'arbuste frêle,<br/> <br/> Ils courbèrent le front sous le poids du malheur;<br/> Ils restèrent muets de peine et de terreur.<br/> Mais bien vite au penser de ce sanglant outrage,<br/> S'alluma dans leur âme une bouillante rage:<br/> <br/> «A bas ces fiers Anglais! Ils ne sont pas nos maîtres!<br/> «A bas! ces étrangers! ces perfides! ces traîtres<br/> «Qui viennent en brigands détruire nos moissons!<br/> «Qui veulent nous chasser pour piller nos maisons!»<br/> <br/> <br/> -Évangéline, Henry Longfellow, 1847<br/> -Traduction par Pamphile Le May, 1870
Submitted by Iron_Wraith — Jun 06, 2026
Naviguant entre lunes et soleils<br/> Clandestins, milice de Beausoleil<br/> Cœurs vengeurs, mains-fortes de la nation<br/> Hors-la-loi de Port-Royal, le dernier bastion<br/> <br/> La brise saline s’entremêle aux effluves du sang<br/> <br/> Le ravage rampe dans nos champs<br/> Notre labeur à feu et à sang<br/> Nos razzias font foi de notre bile cruelle<br/> Contre Lawrence et sa harde criminelle<br/> <br/> Notre nation déchirée à grands coups d’exil<br/> <br/> Espérant sur leurs voiles les flammes<br/> Toiles qui halent vers l’enfer nos familles, nos femmes<br/> Que les goddams finissent en abouette à maquereau!<br/> Cul par-dessus tête dans la froideur des eaux!<br/> Comme quand le Pembroke remonta le St-Jean<br/> Avec à bord moult familles de brave gens<br/> Rebels armés de leurs os et leur chair<br/> Pour prendre en otage un bâtiment solitaire<br/> <br/> Naviguant entre lunes et soleils<br/> Clandestins, milice de Beausoleil<br/> Le Union Jack brûlant comme un flambeau<br/> Sur le mât des navires royaux<br/> <br/> La brise saline s’entremêle aux effluves du sang<br/> <br/> <br/> -J. Larché, 2024
Submitted by Iron_Wraith — Jun 06, 2026
Instrumental
Submitted by Iron_Wraith — Jun 06, 2026
Aymez-vous d'un Echo la babillarde voix?<br/> Ici peut un Echo répondre trente-fois.<br/> Car lors que du Canon le tonnerre y bourdonne<br/> Trente-fois alentour le méme coup resonne,<br/> Et semble au tremblement que Megere à l'envers<br/> Soit préte d'écrouler tout ce grand Univers.<br/> <br/> Allez donques, vogués, ô troupe genereuse<br/> Qui avez surmonté d'une ame courageuse<br/> Et des vents & des flots les horribles fureurs<br/> Et de maintes saisons les cruelles rigueurs,<br/> Et de maintes saisons les cruelles rigueurs,<br/> Pour conserver ici de la Françoise gloire<br/> Parmi tant de hazars l'honorable memoire.<br/> <br/> Bref, contre l'ennemi voulez-vous estre fort?<br/> Ce lieu rien que du Ciel ne redoute l'effort.<br/> <br/> Du Pont dont la vertu vole jusques aux cieux<br/> Pour avoir sceu domter d'un coeur audacieux<br/> En ces difficultés mille maux, mille peines,<br/> Qui pouvoient souz le faix accraventer tes veines,<br/> Ayant esté ici laissé pour conducteur<br/> A ceux-là qui poussez d'une pareille ardeur<br/> <br/> Neptune, si jamais tu as favorisé<br/> Ceux qui dessus tes eaux leurs vies ont usé;<br/> Vray Neptune, fay nous chacun où il desire<br/> A bon port arriver, afin que ton Empire<br/> Soit par-deça connu en maintes regions,<br/> Et bien-tot frequenté de toutes nations.<br/> <br/> <br/> -Les Muses de la Nouvelle-France, Marc Lescarbot, 25 Août 1606
Submitted by Iron_Wraith — Jun 06, 2026